Il est très probable que Pierre Ernou suivit l'enseignement de son père. Si l'on ne rencontre pas dans son œuvre de lien stylistique direct, il fut rapidement influencé par les peintres parisiens comme Nicolas de Largillierre avec qui il a été longtemps confondu. On sait d'ailleurs qu'Ernou vécut au tournant du siècle dans la capitale.

Pierre Ernou, portrait de famille, v. 1700. Coll. Priv.
Dès 1692, on le voyait sur la paroisse Saint-Eustache alors qu'il est témoin au mariage de François Rossignol, de M. Guitard, seigneur de Marly-le-Bourg (paroisse St Sulpice, 1Mi-EC 20 St Etienne St Vigor, fol 46. Cité par Camille Piton, « Marly-le-Roi, son histoire », 1094, p. 366).
Le 15 juin 1699, il était en l'étude du notaire Pierre Savalette comme témoin du mariage de la sœur du peintre Jean-Baptiste Romet, Anne-Geneviève et Guillaume Vaillant, sommelier de Mr de Maupertuis (MC, ét. CV, 962).
Le 12 septembre 1705, il demeurait sur la paroisse Saint-André-des-Arts alors qu'il était témoin de l'inhumation de sa belle sœur, Marie-Rose Lejau, veuve de Jean Ernou, chirurgien et peintre de la paroisse St Maurice d'Angers. Elle était morte non loin de là, rue des Portières, à l'hôtel de Nevers dit plus tard hôtel de Guenegaud puis grand hôtel de Conti (archives nationales, fichier Laborde, 25.894).

Paris, quartier Saint-André-des-Arts. Plan de Turgot (1739)
Le 3 mai 1713, il demeurait rue Mazarine en tant que témoin au mariage de Jacques Le Bormois, bourgeois de Paris de la paroisse Saint-Sulpice et Marie-Anne Élisabeth Desjardins (archives nationales, fichier Laborde, 25.895).
Quelques années plus tard, VERS 1728, il était à Dijon « où il vivait de son métier de peintre » selon le lieutenant-colonel Andrieu (« Les Gilquin une famille de peintres rémois à Dijon au XVIIIe siècle », Bulletin Monumental, tome 92, n°2, année 1933, p. 186). À cette date, les délibérations de la ville notent des poursuites intentées contre lui par la communauté des maîtres peintres et sculpteurs, en même temps que contre l’italien Nanino, auteur du grand tableau de Saint-Michel de Dijon représentant le martyre de Saint Jacques le Majeur. Mais Nanini ayant fait défaut, Pierre Ernou s’était offert de payer sa quote-part et de se faire inscrire au rôle de répartition. Toujours selon Andrieu, le peintre Rémois Jacques Philippe Gilquin (1680-1761), avait hérité de Ernou dont il avait été l’élève. Une note manuscrite écrite en 1768 par Aignan Thomas Desfriches (1715-1800) et conservée au dos du portrait de Gilquin par Perroneau qu’il conserva longtemps, nous confirme que « ce tableau est le portrait du Sr Guillequin, peintre et amy du Chevalier Arnoud [sic] qui le fit son héritier […] ».
Vers 1731, la présence Ernou est attestée à Lyon, du moins certains de ses portraits s'y retrouvent (Natalis Rondot, Les peintres de Lyon du XIVe au XVIIIe siècle, Paris, Plon, 1888, p. 189). Dans le catalogue de la vente du graveur lyonnais Balthasar Alexis (1786-1872) on notait d'ailleurs un « portrait d’une dame âgée vêtue et coiffée en noir, riche corsage brodé d’or et celui d’une autre, habillée en satin blanc » (n° 78 et 79, Catalogue des tableaux et objets d’art composant le cabinet de Feu M. Balthasar Alexis, Lyon, 1873, p. 9). Anatole de Montaiglon notait en 1885 que « M. Alfred Steyert possède un bon portrait d'homme du milieu du dernier siècle. C'est celui d'un bienfaiteur de la Charité de Lyon. Derrière la toile, une inscription à l'encre donne son nom, ses titres et le nom du peintre : par le chevalier Ernou 1731 » (Anatole de Montaiglon, Revue de l’art français et moderne, 1885, p. 70).
Vers la fin de sa vie, Pierre Ernou semble s'être ré-établi à Angers où il prend la suite de son père dans la confection des portraits. On trouve encore sa signature sur des reçus pour la confection de portrait de conseillers de la ville (Archives d'Angers, CC21, f°192, 194).


Anatole de Montaiglon confirmait que le peintre était assez présent dans les collections privées angevines : « La ville d'Angers commanda en 1734 à monsieur le chevalier Ernou le portrait du conseiller Trochon, au prix ordinaire et constant de 30 livres ; deux autres, ceux de MM. Crosnier et Brouard, en 1739, un christ de sa façon décorait la sacristie de la trinité ; une naissance du christ, signée, mais dont la couleur a souffert, existe dans la petite chapelle de Clos-l’Oreille, en Sainte-gemme, près Angers, trois portraits dont un de femme, appartenant à M. Duperré, ont figuré à l'exposition d'Angers de 1838. M. de Loze possède aussi un beau portrait d'homme, avec cuirasse et perruque, signé : le chevalier Emou, 1720 ».

Annick Notter, conservatrice du musée des Beaux-arts d'Orléans, qualifiait Ernou en des termes un peu durs, en avouant que ses œuvres « trahissent un peintre sans véritable génie, s'intéressant moins à l'intensité psychologique et à la vie intérieure du modèle, qu'à la ressemblance physique et à l'apparence ». Cependant, elle poursuit en assurant que « l'artiste a su, non sans un certain bonheur, faire sienne la double leçon de Rigaud, pour la rigueur, la solidité et l'efficacité de la mise en page théâtralisant les étoffes, et de Largillière pour l'élégance et le chatoiement des coloris » (Annick Notter, Les Maîtres retrouvés - peintures françaises du XVIIe siècle du musée des Beaux-Arts d'Orléans, Paris, Somogy, 2002, p. 167).