C’est en partie grâce aux travaux de Célestin Port que le nom des Ernou a pu ressurgir des archives à la fin du XIXe siècle (Célestin Port, « Les Archives peintre angevins : d’après les archives angevines », 1871, p. 26). 

Malgré quelques erreurs, l’historien a pu ré-établir une généalogie quelque peu cohérente. Pierre Ernou fut ainsi très probablement formé par son père, Jean Ernou (v.1640-1692). Ce dernier, marié à Saumur en 1660 avec Marguerite Des Moulins (v.1641-1683), avait acquis une certaine notoriété comme peintre angevin avec ses nombreuses effigies d'échevins de sa ville. 

Jean Ernou, Christ en croix, musée des Beaux-arts d'Angers


Confondu par Port avec un fautif François Ernou, on doit lui rendre aujourd’hui le grand Christ en croix conservé au musée d’Angers, le portrait de Louis XIV de la grande salle du tribunal de commerce d’Angers et le portrait de l’abbé de Pomponne anciennement au château de Sablé, daté et signé J. Ernou fec. 1663

Jean Ernou, portrait de l'abbé de Pomponne, 1663, coll. part.


Les deux premières œuvres avaient été décrites en termes peu amènes par le graveur Valentin Huault-Dupuy (1844-1912), et rapportés par Plnachenault : « Ernou tient à notre sens le premier rang parmi les peintres ordinaires de la Juridiction consulaire. Plus maître que ses confrères de ses moyens, il apporte une certaine recherche à poser ses modèles, leur donne plus de vie et fait preuve d’une science plus complète du modelé ; aussi possède-t-il une pâte plus fine et plus variée. Il se laisse en un mot moins dominer par le procédé. Malheureusement pour lui comme pour ses confrères, la connaissance du dessin s’arrête à la reproduction du visage humain. Quand parfois il ose aborder les extrémités, il est d’une insuffisance inexplicable. Son Christ dont la tête et bien peinte et bien dessinée possède une musculature qui dénote le mépris absolu de l’artiste pour l’anatomie. Les jambes sont un modèle de déformations humaines ; les pieds superposés avec apprêt de déformations humaines ; les pieds superposés avec apprêt montrent une interprétation puérile, indigne des primitifs. Les bras de l’Homme-Dieu sont pourvus de muscles que l’artiste cherche à rendre puissants, mais qui ne révèlent aucun effort. Je ne parle pas des mains qui sont informes. Le portrait de Louis XIV revêtu du manteau royal me satisfait davantage. C’est un morceau décoratif, bien que l’exécution des mains en soit trop sommaire […]. » (Adrien Planchenault, « Les artistes Angevins au palais des marchands », Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 1893, p. 124-126). 

Jean Ernou, portrait de Louis XIV, Angers, tribunal de commerce


Son travail alimentaire pour l’échevinage ne fut toutefois pas uniquement représentatif de son travail. « Ce qu’il est important de ne pas perdre de vue, c’est la faible rétribution accordée pour ces portraits » précisait en effet Huault-Dupuy. 


Les archives de la ville d’Angers gardent encore la trace de ces travaux, tel le 4 juillet 1673, le portrait de Capif, sieur de Teildras, qui, cadre et dorure compris, lui fut payé 3o livres. Mais c’est surtout sa Notre-Dame-de-Pitié toujours conservée dans la chapelle de Montplacé, près de Jarzé et récemment restaurée qui prouve la valeur de Jean Ernou. 

Jean Ernou, Notre-De-de-Pitié, chapelle de Montplacé


L’un des frères de Pierre, prénommé également Jean, officiera principalement comme médecin comme le prouve son acte de mariage, le 9 mai 1690 à la Trinité d’Angers, avec Marie-Rose Lejau. Il fut aussi qualifié de peintre sur les actes de baptêmes de certains de ses enfants : Marie-Rose (6 mars 1695), Pierre (2 mars 1697), Jean (26 juin 1690). C’est également en tant que peintre qu’il fut inhumé le 9 mai 1701, dans l’église Saint-Maurice d’Angers.

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